
Au cours de sa carrière, la Professeure Labarge (1916-2009) était un cas à part dans le monde académique. Elle était une personne inspirante et une érudite indépendante et respectée. Bien qu’elle ait enseigné aux Universités Carleton et Ottawa de temps en temps, elle n’a jamais été titulaire d’un poste académique à temps plein. Néanmoins, elle était une conférencière recherchée et ses travaux étaient acclamés partout au Canada ainsi que dans les communautés médiévales du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Elle a composé neuf livres sur une vaste gamme de sujets, A Baronial Household of the Thirteenth Century (1965); The Life of Louis IX of France (1968); Medieval Travellers (1982); et peut-être son livre le plus important, Women in Medieval Life (1986), une monographie exceptionnelle consacrée au sujet de femmes médiévales. Ses contributions aux études médiévales au Canada ont été reconnues par son élection à la Société royale du Canada et sa nomination à l’Ordre du Canada.
Avec ce prix pour un livre exceptionnel, la Société cherche à reconnaître et à encourager la qualité et la diversité des recherches de notre première présidente, Margaret Wade Labarge.
| Félicitations à Roisin Cossar et Jason Aaron Brown, récipiendaires du prix Margaret Wade Labarge 2026!Roisin Cossar et Jason Aaron Brown, pour leur ouvrage Telling Tales. Clerics, Concubines, and an Inquisitor in Late Medieval Ferrara: A Primary Source Study (University of Toronto Press, 2025), ont remporté le prix Margaret Wade Labarge 2026. Le libellé du comité se lit comme suit : L’ouvrage de Roisin Cossar et Jason Aaron Brown, Telling Tales. Clerics, Concubines, and an Inquisitor in Late Medieval Ferrara: A Primary Source Study (University of Toronto Press, 2025), constitue une contribution remarquablement riche et novatrice à la pratique historienne. Le livre s’articule autour d’une seule source primaire, demeurée jusqu’ici inédite : un registre inquisitorial produit dans la Ferrare des années 1420, en Italie du Nord, qui consigne l’interrogatoire de plusieurs dizaines de femmes vivant avec des prêtres, ainsi que les procédures connexes engagées à la suite d’un décret par lequel le marquis d’Este ordonna, en 1421, l’expulsion des concubines de clercs. Brown et Cossar proposent non seulement une étude du document, mais aussi un guide méticuleux de toutes les étapes du travail savant qu’il suppose : ils invitent le lectorat étudiant à participer à une analyse ouverte, en suggérant des exercices complémentaires, tout en offrant aux chercheuses et chercheurs chevronnés une édition précieuse et un commentaire substantiel. Il en résulte un livre unique et captivant. La traduction réalisée par Brown est exemplaire, tandis que son édition du texte latin est rendue accessible sur un site Web d’accompagnement, avec des images du manuscrit et une base de données prosopographique. La contextualisation détaillée que Cossar offre du dossier éclaire avec vivacité l’ensemble des acteurs et actrices du processus — depuis l’inquisiteur et les notaires jusqu’aux femmes elles-mêmes, à leurs partenaires cléricaux et à leurs communautés élargies — et s’étend même à la géographie environnementale de Ferrare. Son interprétation multiforme des témoignages et de leurs silences envisage diverses lectures possibles de l’archive, à la fois dans le sens du texte et à rebours de celui-ci, et avance des hypothèses surprenantes quant à « ce qui s’est réellement passé » : l’inquisition aurait été « une mise en scène de théâtre de la réforme ecclésiastique », visant en définitive à miner la tentative de l’autorité séculière d’abolir le concubinage clérical à Ferrare. La traduction comme l’étude sont systématiquement tissées d’un métacommentaire sur la nature et les problèmes des sources primaires, ainsi que sur la manière dont les historiennes et historiens les abordent; elles exposent pleinement les rouages de la recherche savante à un lectorat non initié, sans rien sacrifier de la rigueur de l’analyse ni de sa contribution aux débats théoriques actuels. Le livre démontre avec force pourquoi ces enjeux techniques de méthode sont essentiels pour raconter une histoire qui humanise, de manière puissante et poignante, les femmes médiévales aussi bien que les clercs, puisqu’il place au premier plan la production même du registre inquisitorial comme phénomène social énigmatique qui, loin de simplement enregistrer l’histoire, y prend part. Il est rare qu’un ouvrage de recherche originale s’adresse simultanément — et avec un tel succès — aux étudiantes et étudiants de premier cycle, aux personnes inscrites aux cycles supérieurs et aux spécialistes établis de plusieurs champs, dont l’histoire du genre, de la religion et de la ville, pour n’en nommer que quelques-uns, en les amenant tous à se sentir également engagés dans l’enquête. Ce livre admirablement écrit mérite pleinement un prix nommé en l’honneur de Margaret Wade Labarge, qui, selon le comité, l’aurait très vivement apprécié. |
Pour plus d'informations sur les livres gagnants, voir les entrées ci-dessous cette liste.
2025 - Mo Pareles, Nothing Pure: Jewish Law, Christian Supersession, and Bible Translation in Old English (UTP, 2024).
2024 - Rowan Dorin, No Return: Jews, Christians, Usurers and the Spread of Mass Expulsion in Medieval Europe (Princeton UP, 2023).
2022 - Kathryn Kerby-Fulton, The Clerical Proletariat and the Resurgence of Medieval English Poetry (UPenn P, 2021)
2021 -John Osborne, Rome in the Eighth Century: A History in Art (Cambridge University Press, 2020)
2020 - David K. Coley, Death and the Pearl Maiden: Plague, Poetry, England (Columbus: The Ohio State University Press, 2019).
2019 - James Grier, Ademarus Cabannensis Monachus et Musicus. Corpus Christianorum, Autographa Medii Aevi, 7 (Turnhout: Brepols, 2018).
2018 - Shannon McSheffrey, Seeking Sanctuary: Crime, Mercy, and Politics in English Courts, 1400-1550 (Oxford UP, 2017)